Égalité femmes-hommes au travail : où en sont les obligations des employeurs en 2026 ?

L’égalité professionnelle entre les femmes et les hommes n’est plus une simple aspiration affichée dans les chartes d’entreprise ou les projets associatifs, c’est un ensemble d’obligations juridiques précises, assorties d’échéances et de sanctions financières.

 

Un principe constitutionnel, valable pour tous

Le droit français interdit toute discrimination fondée sur le sexe, notamment en matière d’embauche, de rémunération, de formation ou de promotion, et impose l’égalité salariale pour un même travail ou un travail de valeur égale. Ce principe, consacré par la Cour de cassation dès 1996 (« à travail égal, salaire égal »), a également une valeur constitutionnelle. Tous les employeurs y sont soumis, quelle que soit la taille de l’entité, seules les modalités de mise en œuvre variant selon les effectifs. Les associations employeuses sont donc concernées au même titre que les entreprises dès lors qu’elles emploient du personnel salarié.

 

Au-delà de l’égalité professionnelle stricto sensu, la prévention du harcèlement sexuel et des agissements sexistes constitue une obligation de sécurité à part entière pour l’employeur.

 

50 salariés : le seuil de la négociation obligatoire

Dans les entreprises d’au moins 50 salariés dotées d’un délégué syndical, l’employeur doit négocier périodiquement sur l’égalité professionnelle, ou à défaut établir un plan d’action unilatéral. Cette négociation porte notamment sur la suppression des écarts de rémunération. À défaut d’accord, le plan d’action déposé dans les entreprises de 300 salariés et plus doit être accompagné d’un PV de désaccord, sous peine d’être jugé irrecevable.

 

Les entités d’au moins 50 salariés doivent également calculer et publier chaque année, avant le 1er mars, l’Index de l’égalité professionnelle. Il s’agit d’un score sur 100 points fondé sur plusieurs indicateurs (écart de rémunération, écart d’augmentations…). Ce résultat doit rester visible sur le site internet de l’entité jusqu’à la publication suivante. En deçà de 75 points, l’entité doit fixer des mesures correctrices sous peine d’une pénalité pouvant aller jusqu’à 1 % de la masse salariale si au terme d’un délai de trois ans, le score reste en dessous. Les entités ayant un Index inférieur à 85 points doivent fixer et publier des objectifs de progression pour chacun des indicateurs concernés.

A terme, l’actuel Index de l’égalité professionnelle devrait évoluer et être remplacé par de nouveaux indicateurs de transparence salariale. Selon les orientations actuellement envisagées, l’essentiel de ces indicateurs serait calculé automatiquement à partir des données issues de la DSN, afin de limiter les démarches déclaratives des organisations.

 

Le CSE joue aussi un rôle clé. Il est consulté chaque année sur la politique sociale de la structure, accède via la BDESE (Base de Données Économiques, Sociales et Environnementales) aux indicateurs et à la méthodologie de l’Index, et doit être consulté avant toute décision unilatérale.

 

En dessous de 50 salariés

Les TPE/PME ne sont pas soumises à la négociation obligatoire, à l’Index de l’égalité professionnelle ou aux quotas Rixain. Mais le principe d’égalité de rémunération et l’interdiction des discriminations s’imposent sans condition d’effectif.

 

La loi Rixain : des quotas désormais contraignants

Depuis le 1er mars 2026, les entreprises d’au moins 1 000 salariés (sur 3 exercices consécutifs) doivent compter au moins 30 % de chaque sexe parmi leurs cadres dirigeants et instances dirigeantes (taux porté à 40 % au 1er mars 2029). En cas d’objectif manqué, l’entreprise doit définir des mesures de correction (accord ou décision unilatérale après consultation du CSE). Aucune sanction financière n’est encore appliquée pour 2026, mais elle deviendra effective en cas de non-conformité persistante après 2029.

 

Le grand chantier 2026 : la transparence des rémunérations

La directive européenne 2023/970 du 10 mai 2023 impose aux États membres de renforcer la transparence salariale, avec une échéance de transposition qui était fixée au 7 juin 2026. Concrètement, le texte prévoit l’obligation d’indiquer une fourchette de rémunération dès l’offre d’emploi, l’interdiction de demander l’historique salarial des candidats, un droit pour chaque salarié d’obtenir la rémunération moyenne de sa catégorie ventilée par sexe et surtout un renversement de la charge de la preuve puisque ce sera désormais à l’employeur de démontrer l’absence de discrimination salariale et non au salarié de la prouver. Un écart non justifié de 5 % ou plus déclenchera une évaluation conjointe obligatoire avec les représentants du personnel.

 

Pour l’heure, la France n’a pas encore achevé la transposition de la directive européenne : le projet de loi a été soumis à l’avis du Conseil d’État et son examen parlementaire reste à venir. Les modalités définitives d’application devraient donc être confirmées prochainement, avec une entrée en vigueur désormais envisagée à horizon 2027-2028.

 

Cinq leviers concrets, à toute taille d’organisation

Au-delà des obligations légales, certaines pratiques RH, applicables dès la plus petite structure, permettent de progresser réellement sur l’égalité professionnelle :

 

  1. Offres d’emploi inclusives : écriture neutre et vocabulaire non stéréotypé.
  2. Grilles de salaires transparentes : rémunération fixée selon poste, compétences et expérience, sans place pour les biais.
  3. Formation des managers pour des décisions de recrutement et de promotion plus objectives.
  4. Accompagnement de la parentalité : horaires aménagés, télétravail, soutien aux frais de garde.
  5. Mentorat pour aider les femmes à accéder aux postes à responsabilités.

 

Pour les entités de moins de 50 salariés, ces leviers sont d’autant plus précieux qu’ils permettent, à défaut d’obligation formalisée, de sécuriser l’organisation et de construire une vraie politique d’égalité professionnelle.

 

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