SBTi Corporate Net-Zero Standard v2.0 : de la déclaration d’intention à l’obligation de résultat

Le 11 juin 2026, à l’heure où les entreprises s’organisent pour répondre aux exigences de la CSRD, la Science Based Targets initiative (SBTi) — l’organisme de référence mondial pour la définition d’objectifs climatiques d’entreprise — a publié la version 2.0 de son Corporate Net-Zero Standard. Il s’agit de la première révision majeure du cadre depuis son lancement en 2021, à l’issue de deux ans de consultations et d’un test pilote auprès de plusieurs centaines d’entreprises.

 

Le message porté par cette nouvelle version est sans ambiguïté : fixer une trajectoire ne suffit plus. L’entreprise doit désormais démontrer, chiffres à l’appui et sous contrôle externe, qu’elle avance réellement vers son objectif. C’est un changement de nature, pas seulement de degré, et il concerne directement les fonctions finance, RSE et, on va le voir, les métiers de l’audit.

 

Une architecture entièrement repensée

 

Le Standard v2.0 introduit plusieurs ruptures par rapport à la version 1.3.1, qui reste applicable jusqu’à fin 2027 :

  • Une catégorisation des entreprises. Deux catégories sont créées. La catégorie A regroupe les grandes entreprises (chiffre d’affaires supérieur à 1 milliard de dollars, plus de 500 salariés, ou émissions dépassant certains seuils) : elle supporte l’intégralité des nouvelles obligations. La catégorie B, pour les structures plus petites, bénéficie d’exigences proportionnées.

 

  • Des cibles Scope 1 et Scope 2 dissociées. La possibilité de fixer un objectif combiné disparaît. Le Scope 2 doit désormais reposer sur l’inventaire location-based (physique), et non plus sur une approche market-based ou mixte intégrant certificats verts et PPA — ces instruments sont traités séparément, dans une nouvelle hiérarchie d’usage.

 

  • Un changement de logique pour le Scope 3 : d’une couverture globale à un ciblage par catégorie. Sous la v1, il suffisait de couvrir 67 % du volume total des émissions Scope 3 pour être conforme. La v2.0 impose désormais de fixer un objectif dès qu’une catégorie (parmi les 15 catégories du GHG Protocol) dépasse 5 % des émissions totales. Concrètement, des postes jusqu’ici ignorés ou agrégés pour rester sous les radars devront être suivis individuellement, avec des données de meilleure qualité que de simples estimations basées sur les dépenses.

 

  • Une assurance externe obligatoire. C’est sans doute le point le plus structurant pour les professionnels du chiffre : les entreprises de catégorie A devront faire certifier leurs inventaires GES et les indicateurs de suivi de leurs objectifs par un organisme de vérification reconnu, dans une logique d’assurance limitée. La validation ponctuelle laisse place à un contrôle continu, cycle après cycle.

 

  • Des plans de transition climatique obligatoires. Toujours pour la catégorie A, un Climate Transition Plan devra être publié dans les 12 mois suivant la validation des objectifs, avec une trajectoire crédible, des jalons annuels et une gouvernance identifiée au niveau du conseil.

 

  • Une logique de « meilleurs efforts ». En contrepartie de cette rigueur accrue, le Standard introduit une forme de tolérance : une entreprise qui a mobilisé tous les leviers de décarbonation disponibles, qui reste transparente sur ses difficultés et qui démontre un effort réel peut rester dans le dispositif même si elle n’atteint pas sa cible. Ce n’est pas un assouplissement déguisé : les objectifs de renouvellement sont alors resserrés, et la qualité des efforts est appréciée par un vérificateur externe, non par l’entreprise elle-même.

 

Un calendrier de transition à anticiper dès maintenant

 

  • Jusqu’à fin 2027 : la version 1.3.1 reste valable pour la soumission de nouveaux objectifs.
  • 1er trimestre 2027 à 1er trimestre 2028 : période de transition, les entreprises pouvant choisir entre la v1.3.1 et la v2.0.
  • 1er février 2028 : la v2.0 devient obligatoire pour toute nouvelle soumission d’objectifs.

 

Le délai paraît confortable, mais la préparation des données — notamment la distinction propre entre Scope 2 location-based et market-based, et la granularité requise sur le Scope 3 — demande un travail de fond qui ne s’improvise pas dans les derniers mois.

 

Un nouvel enjeu de taille : l’introduction d’une assurance externe

 

L’introduction d’une assurance externe obligatoire sur les inventaires GES rapproche, dans sa logique, le reporting climat du reporting financier : traçabilité des données, documentation de la méthodologie, cohérence entre exercices, robustesse des estimations. C’est une dynamique que l’on retrouve déjà, en France, dans les missions d’assurance sur les informations de durabilité liées à la CSRD, et qui pourrait progressivement s’articuler avec les engagements SBTi des entreprises clientes.

Pour les directions financières et les équipes RSE, l’enjeu immédiat est moins réglementaire que méthodologique : fiabiliser dès maintenant la donnée carbone, séparer proprement les approches location-based et market-based sur le Scope 2, et cartographier les catégories Scope 3 susceptibles de franchir le seuil de 5 %.

 

Cet article a une vocation informative et ne constitue pas un conseil personnalisé. N’hésitez pas à contacter un expert Fidu pour évaluer les impacts du Standard v2.0 sur votre trajectoire climatique et vos obligations de reporting.

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